Dès l’arrivée des beaux jours, nous sommes nombreux à nous réjouir du beau temps et des jours qui rallongent. La lumière du soleil, lorsqu’on n’en abuse pas, est très bénéfique : elle possède des effets positifs sur notre système immunitaire et notre état d’esprit et favorise la synthétisation de vitamine D par la peau. En plus de jouer un rôle régulateur dans l’homéostasie du calcium et du phosphore, cette vitamine est également très importante pour la modulation de la réponse immunitaire.

Cependant, l’exposition au soleil peut aussi entraîner des réactions cutanées imprévues. Nous savons tous que les rayons ultraviolets (UV) n’ont pas que des effets positifs : ils accentuent notamment les rides, sont responsables du cancer de la peau et peuvent aussi provoquer d’autres types de réactions anormales. Dans ce genre de cas, la peau ne réagit pas aux rayons UV en déclenchant ses mécanismes de protection habituels, à savoir le bronzage et l’épaississement, mais par des démangeaisons, des sensations de brûlure, des taches… C’est ce que l’on appelle communément « l’allergie au soleil ». Nous allons vous expliquer ce qui déclenche cette allergie au soleil et quels sont les moyens de la soulager ou même de l’éviter.

QU’EST-CE QU’UNE ALLERGIE AU SOLEIL ET QUELLES EN SONT LES CAUSES ?

Le terme « allergie au soleil » habituellement utilisé désigne en fait diverses pathologies, regroupées sous le nom de photodermatoses. Elles ont toutes en commun d’être déclenchées par une réaction anormale à la lumière du soleil, principalement aux UV-A (320-400 nm).

La nomenclature et la classification de ces maladies est un peu confuse. Pour mieux comprendre, on peut les répartir en photodermatoses primaires et secondaires.

Les photodermatoses primaires sont induites par certaines substances et les rayonnements électromagnétiques constituent le facteur pathogénique décisif. On trouve dans ce groupe :

  • Les photodermatoses idiopathiques (c’est-à-dire dont on ne connaît pas la cause), notamment la lucite polymorphe (le type de photodermatose le plus commun) et d’autres manifestations plus rares comme l’urticaire solaire, le prurigo actinique, l’hydroa vacciniforme et la dermatite actinique chronique ;
  • Les réactions phototoxiques, dues à une réaction chimique entre les UV et diverses substances (résidus de produits cosmétiques, de parfums, de médicaments…) entraînant une inflammation et la génération de radicaux libres, sans fondement immunitaire ;
  • Les réactions photoallergiques, des affections rares dues à une réponse immunitaire avec libération d’anticorps contre des substances spécifiques telles que des médicaments (certains antibiotiques, antalgiques, antihypertenseurs, antipaludéens et comprimés contre la déshydratation), des plantes (comme le céleri, le persil et les agrumes) et certains parfums ou produits cosmétiques.

Les photodermatoses secondaires découlent d’autres maladies sous-jacentes (par ex. un lupus érythémateux, des porphyries ou un xeroderma pigmentosum) qui jouent un rôle essentiel dans leur apparition.

Nous allons à présent nous intéresser davantage à la lucite polymorphe, qui est « l’allergie au soleil » la plus fréquente, et décrire ses symptômes ainsi que les moyens de prévenir, de soulager et d’apaiser cette affection cutanée.

LES SYMPTÔMES DE « L’ALLERGIE AU SOLEIL » LA PLUS FRÉQUENTE, LA LUCITE POLYMORPHE

Le terme « allergie au soleil » désigne principalement la lucite polymorphe, le type de dermatose le plus fréquent parmi toutes les pathologies cutanées dues à la lumière solaire (plus de 90 % des cas). Elle touche particulièrement les enfants et les femmes entre 20 et 40 ans. 

Elle ne s’accompagne pas d’une réaction allergique classique ni de la production d’anticorps associée, ce n’est donc pas une allergie au sens habituel du terme. Cependant, on suppose l’existence d’une réaction immunitaire altérée due à la transformation par les rayons ultraviolets d’une substance inoffensive par elle-même en une substance toxique ou sensibilisante.

Les symptômes apparaissent en général lorsque la peau n’a pas été exposée au soleil depuis un certain temps. C’est pour cette raison que les allergies au soleil sont particulièrement fréquentes entre mars et juin ainsi que lors des premières sorties à la plage. Elle se manifeste souvent sur les parties du corps qui ne sont pas habituées au soleil (décolleté, épaules, cou, régions postérieures des bras et des jambes). 

Les symptômes de la lucite polymorphe sont très variables selon les personnes, d’où son qualificatif de « polymorphe ». De plus, ils peuvent apparaître à retardement, des heures voire des jours après l’exposition au soleil :

  • La peau commence à démanger et à brûler.
  • Des taches rouges et de l’urticaire apparaissent sur la peau.
  • On observe des boutons, des nodules ou mêmes des ampoules.
  • La zone touchée peut gonfler.

COMBIEN DE TEMPS DURE L’ALLERGIE AU SOLEIL ?

En général, les symptômes disparaissent au bout de quelques jours, une fois que le corps n’est plus exposé au soleil.

FAIRE LA DIFFÉRENCE ENTRE UN COUP DE SOLEIL ET UNE ALLERGIE AU SOLEIL

Même si l’on peut confondre les symptômes de l’allergie au soleil avec des coups de soleil, il existe certaines différences qui permettent de savoir à quoi on a à faire. Le tableau suivant résume les caractéristiques et les particularités des coups de soleil et de l’allergie au soleil.

Coup de soleil Allergie au soleil
Symptômes
  • Rougissement et brûlure d’une zone de peau étendue
  • Sensation de brûlure, tiraillements, démangeaisons
  • En cas de coup de soleil grave : ampoules
  • Rougissement de la peau sur des zones bien définies (taches)
  • Picotements importants
  • Ampoules, nodules et boutons
Zones touchées
  • Front, oreilles, nez
  • Cuir chevelu
  • Dos
  • Abdomen
  • Cuisses
  • Pieds
  • Zones latérales du visage
  • Décolleté
  • Bras
  • Mains
  • Cuisses
Apparition des premiers symptômes
  • Entre 3 et 5 heures après l’exposition au soleil
  • Des heures voire des jours après l’exposition au soleil
Particularités
  • Une fois le coup de soleil guéri, les zones affectées pèlent
  • Elle apparaît au printemps, au début de l’été ou lors de la première sortie à la plage
  • Un effet d’habituation se produit souvent au fil de l’été

L’ALLERGIE AU SOLEIL PEUT-ELLE DISPARAÎTRE ?

Comme nous l’avons expliqué, la lucite polymorphe survient surtout lors de la première exposition prolongée au soleil, au printemps ou au début de l’été. C’est pour cette raison que l’intensité des symptômes diminue au cours de la saison chaude chez la plupart des personnes touchées (c’est ce qu’on appelle « l’effet d’habituation »).

Cependant, l’année suivante, la peau doit se réhabituer aux rayons du soleil qui s’intensifient à la sortie de l’hiver et, au début, elle réagit à nouveau en produisant les symptômes typiques d’une allergie au soleil.

En ce qui concerne les photodermatoses en général, le degré d’affectation varie selon les personnes et dépend surtout du type de photodermatose. Cependant, en adoptant les mesures de prévention que nous allons développer dans la suite de cet article et en recourant si nécessaire à certains des concepts thérapeutiques que nous allons évoquer, les personnes concernées peuvent éviter les poussées graves et soulager considérablement leurs symptômes.

COMMENT ÉVITER L’ALLERGIE AU SOLEIL ?

Les personnes souffrant d’allergie au soleil peuvent adopter certaines habitudes pour éviter les démangeaisons, les ampoules et autres symptômes associés à cette pathologie :

Utiliser une protection solaire suffisamment forte

Le plus important, même lorsqu’on n’est pas allergique au soleil, c’est de veiller à toujours utiliser une protection solaire, avec un facteur de protection solaire (FPS) de 30 au minimum. On recommande également de choisir un produit sans colorants ni conservateurs.

Si vous souffrez d’un autre type de photodermatose que l’on appelle parfois acné du soleil, il est conseillé de choisir des produits de protection solaire sans huile (par exemple des gels spéciaux) et des produits de soin pour la peau.

Porter des vêtements adaptés

Les vêtements, notamment ceux confectionnés avec des matériaux qui bloquent les UV, nous protègent du soleil.

Certains accessoires comme une casquette, un chapeau ou un foulard peuvent protéger certaines zones particulièrement fragiles comme le cou et le décolleté.

Éviter de sortir aux heures les plus chaudes

Il est recommandé de rester à l’intérieur en milieu de journée (entre 11h et 15h) quand les rayons sont les plus forts. 

Cependant, n’oubliez pas que même si les fenêtres bloquent en général la majorité des rayons dangereux, elles laissent passer une partie des UV-A.

Photothérapie

Dans les cas d’allergie très sévère, il peut être utile d’avoir recours à la photothérapie. Au printemps ou avant les vacances d’été, un dermatologue spécialisé peut réaliser plusieurs séances d’UV avec des doses de plus en plus importantes. Cette exposition sélective et contrôlée à la lumière solaire rend la peau moins sensible. 

L’utilisation de cette méthode pour éviter les épisodes saisonniers de lucite polymorphe est considérée comme validée et généralement bien tolérée.

Capturer les radicaux libres

Selon certains spécialistes, la lucite polymorphe est due à des radicaux libres, c’est-à-dire des dérivés réactifs de l’oxygène. Il serait donc recommandé de prendre des anti-oxydants (comme de la vitamine E, du bêta-carotène, des oméga 3…) pour éviter les symptômes de l’allergie au soleil. 

COMMENT PEUT-ON SOULAGE ET TRAITER LES SYMPTÔMES DE L’ALLERGIE AU SOLEIL ?

En général, il suffit d’éviter de s’exposer au soleil dans les jours qui suivent l’apparition des symptômes cutanés aigus. Si ce n’est pas possible, il est recommandé d’utiliser une crème solaire avec un facteur de protection solaire (FPS) suffisamment élevé et de porter des vêtements longs pour couvrir la peau autant que faire se peut (pantalon, haut à manches longues, chapeau).

Lors de la phase aiguë, certaines méthodes de prévention peuvent également permettre de soulager et de traiter les symptômes. Il existe également d’autres solutions :

  • La glace, les compresses rafraîchissantes et les crèmes hydratantes (après-soleil, aloe vera) soulagent les démangeaisons sur les zones touchées. Le froid incite les vaisseaux sanguins à se comprimer, ce qui permet de soulager les symptômes et le gonflement. 
  • Les préparations à base de cortisone stoppent les réactions inflammatoires de la peau.  
  • Les antihistaminiques sous forme de pommade ou de comprimés réduisent également les démangeaisons. 

Dans le cas des réactions photoallergiques et phototoxiques, la personne doit également éviter la substance qui déclenche la réaction.

COMMENT FAIRE LA DIFFÉRENCE ENTRE LES DIFFÉRENTS TYPES D’ALLERGIE AU SOLEIL ?

Pour savoir de quel type de photodermatose il s’agit, le dermatologue peut poser un diagnostic en menant un entretien d’anamnèse approfondi (étude des antécédents médicaux) ainsi qu’en étudiant les signes cutanés caractéristiques de la phase aiguë. Pour cela, il vous posera des questions sur le type de symptômes et leur évolution, les médicaments que vous prenez le cas échéant, et les maladies dont vous avez souffert auparavant.

Comme nous l’avons expliqué, il s’agit dans la plupart des cas d’une lucite polymorphe, les autres formes d’allergie au soleil étant beaucoup plus rares.

Pour confirmer le diagnostic et si le médecin le juge nécessaire, il peut réaliser un test lumineux lors duquel il éclaire certaines zones de la peau avec une lumière ultraviolette. 

  • Dans le cas de la lucite polymorphe, les symptômes typiques apparaissent au bout de quelques heures sur les zones qui ont été éclairées.
  • Si le médecin soupçonne une urticaire solaire, il réalisera le test lumineux avec une grande prudence car les symptômes, qui apparaissent en général en quelques minutes seulement, peuvent être assez graves (chute de la tension artérielle, état de choc et difficultés respiratoires).
  • Dans le cas de réactions phototoxiques, le médecin peut appliquer les déclencheurs suspectés (comme les composants des cosmétiques) sur les zones de la peau concernées puis les éclairer aux UV. Ce test de « patch photographique » peut être utilisé pour vérifier quelle substance est responsable des symptômes cutanés lorsqu’on la combine aux rayons ultraviolets.

L’ALLERGIE AU SOLEI CHEZ LES ENFANTS

Comme nous l’avons déjà dit, les bébés et les enfants peuvent aussi souffrir d’allergie au soleil, probablement parce que les mécanismes de protection du corps contre les rayons UV ne sont pas encore complètement développés. 

Contrairement aux adultes, ils peuvent présenter des symptômes au niveau de zones comme le nez, le front et le menton, car celles-ci ne sont pas encore habituées à l’exposition au soleil.

CONCLUSION

L’allergie au soleil est en réalité un ensemble de maladies diverses regroupées sous le terme de photodermatoses et causées par la lumière du soleil, dont la plus commune est la lucite polymorphe.

Cependant, même s’il s’agit de pathologies distinctes, avec des causes et des symptômes spécifiques, la plupart des conseils destinés à les éviter et à les traiter sont communs à bon nombre d’entre elles. Toutefois, comme ce sont des affections différentes aux symptômes parfois très semblables, il est recommandé de consulter un médecin pour qu’il puisse poser un diagnostic clair et d’aller également voir le médecin et le pharmacien pour trouver le traitement approprié.

Enfin, dans certains cas, l’allergie au soleil peut nuire à la vie sociale et certains patients peuvent même développer un état d’esprit dépressif. Dans cette situation, nous recommandons de consulter un médecin ou de demander un soutien psychologique à un professionnel compétent.

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